mercredi 20 août 2014

Djibouti : un rééquilibrage ethnique, tribal ou clanique, a-t-il un sens?




Nul ne peut ignorer l’existence d’une politique ethnique, tribale et clanique à caractère « alimentaire » et encore moins la pratique d’une injustice sans borne sur l’ensemble du territoire.

Pour autant, cette politique nourrit une proportion plus ou moins importante de chaque ethnie, tribu ou clan à travers des individus véreux les representant.

S’il est plus que nécessaire d’apporter des corrections aux injustices faites à des innocents et aider les victimes de ce système à se réinsérer dans la société  en tant qu’individu, il est inopportun voire désastreux de s’engager dans une politique de « rééquilibrage »  ethnique, tribale ou clanique. Ce n'est pas en  étant très mal agité qu'on a une chance de se sortir d'un sable mouvant.

L’idée même de réintroduire dans le débat démocratique  cette notion de « rééquilibrage ethnique » est dangereuse pour la nation post-ethnique, tribale et clanique que les djiboutiens et djiboutiennes appellent de leur vœux !

Peut-on combattre l’ethnisme, le tribalisme et le clanisme, en prônant  et en adoptant leurs codes et leurs valeurs ?

Accepter le « rééquilibrage ethnique » reviendrait à accepter que le pays soit régi par des lois et des règlements à caractère ethnique, tribale et clanique.

Nul doute que pour chaque extrémiste (individu faible, incapable d’opérer au-delà de son cercle le plus proche dans le sens familial du terme pour aller vers les autres), son ethnie, sa tribu ou son clan est les plus nombreux, le plus intelligent et le plus beaux ! J’exagère à peine !

Si, par malheur, nous acceptons que notre pays soit régi par des codes et des valeurs ethniques ou tribaux, pouvons-nous régler  pour autant le problème de vivre ensemble et d’injustice ou au contraire aggraver les méfaits actuels ?


Contrairement aux croyances, l’ethnique, la tribu ou le clan ne sont pas des ensembles ou des structures compactes immuables. Il s’agit des ensembles régis par des alliances d’intérêts ou d’ennemis en commun qui peuvent se faire et se défaire en fonction des circonstances. Donc, un pays ou une nation ne peut  raisonnablement poser ses fondations sur une structure instable. Il faudra comprendre que toute répartition à caractère ethnique, tribale ou clanique est  source des futurs conflits. Le problème d’une répartition  ethnique, tribale et clanique est son degré de granularité dans lequel il faudra s’arrêter ! Existe- t-il une limite dans l'infiniment petit ou grand ?  Ben non !

Toute répartition repose sur le poids de la démographie. Et, à moins d’être naïf ou complètement inconscient, il est plus que probable que chaque clan, chaque tribu, chaque ethnique dira qu’il est le plus nombreux  en absence des recensements indépendants et viables!  Donc, à moins de compter les cailloux et les arbres, les répartitions des sièges administratives des régions se font généralement en fonction des humains qui vivent dans un endroit donné.

A Djibouti, tant qu’on n’a pas créé une institution démographique indépendante du pouvoir administrative, tout recensement sera à sujet de suspicion. Il faudra également utiliser les statistiques pour définir le poids d’individus vivant dans une région et non faire des statistiques et des recensements à caractère : ethniques, tribales et claniques.





Les statistiques oui, mais quel genre des statistiques ?

Pour l’intérêt de cet article, voici une petite recherche sur le net pour mettre en lumière l’absurdité de ceux qui nous sortent des statistiques à caractère ethnique ou tribales à tout bout de champ, la proportion des principaux groupes ethniques, tribaux !
Selon les sources et les estimations, la répartition de la population en catégories linguistiques diffère fortement. Les résultats détaillés du «2e recensement général de la population et de l'habitat» de 2009, qui comprenait une question sur le «groupe ethnico-culturel» d'appartenance, n'ont pas été publiés.
Pour le CIA Factbook, elle se divise en 60% de Somalis , 35% d'Afars et 5% d'autres6.
Selon une étude publiée en 2003, on aurait 33.4% d'Issas, 20% d'Afars, 15% de Gadaboursis, 13,3% d'Issaqs, 8,3% d'autres Djiboutiens, 6% d'Arabes et 4% d'Européens7. Dans le même journal, une autre étude parle de 50% d'Issas, 37% d'Afars, 8% d'Arabes et 3% d'Européens8.
Pour l'Encyclopedia Britannica (2009), on aurait 46% de Somalis, 35,4% d'Afars, 11% d'Arabes, 3% de «mixed African and European», 1,6% de Français et 3% d'autres.
Enfin, selon le site Ethnologue, en 2006 on aurait 297 000 locuteurs du somali (répartis en trois «clans» : issa, gadaboursi, issaq), 99 200 de l'afar, 36 000 arabophones et 10 200 francophones9.

Et, comme vous pouvez constater la viabilité  de ces statistiques est saisissante :

Avec ces chiffres-là, on peut dire tout et son contraire ! Et surtout n’importe quoi !

L’autre point que les prophètes de retour en arrière ou les politiciens véreux oublient : est que ces chiffres représentent des hommes et des femmes doués de minimum d’intelligence capables de choisir le meilleur en fonction de leur attente et non de qui « il est » ! Autrement dit, ce n’est pas parce que vous appartenez à un petit clan, une petite tribu ou une petite ethnie que vous n’avez pas de chance d’être élu si vous êtes le meilleur !


 Peut-on inclure le concept  de «  rééquilibrage ethnique » dans le processus permettant de corriger les injustices commis par ce régime (gouled/guelleh) ou ceux du passé sous l’ère colonial ? 

 Avant de répondre à cette question, posons-nous, cette autre question, peut-on mettre sur le même pied d’égalité sous prétexte d'appartenance ethnique, tribale ou clanique,  les victimes et les nantis ?

A moins d’ajouter l’injustice à l’ignominie, il serait inconcevable de catégoriser les victimes en fonction de leurs appartenances ethniques, tribales ou claniques. Il serait également, dangereux que certains nantis du système soient protégés pour leurs appartenances et que  certaines victimes portent le poids de culpabilité à cause de leur appartenance.

En matière de justice, chaque individu est responsable de ses actes  et doit répondre que de ses actes devant la justice. Nul ne peut être protégé ou incriminer selon son appartenance à un groupe ethnique, tribal ou clanique !

La responsabilité, parle s’en ! Concept abstrait et malléable à Djibouti, mais voici ce que disait  zun tzu  en répondant (dans « l’art de la guerre »)  au roi de Wu, lorsque celui-ci voulait épargner ses deux courtisanes que zun tzu voulait exécuter : «  votre serviteur a déjà reçu de vous l’investiture du commandant en chef ; or, lorsque le commandant est à la tête de l’armée, il n’est pas tenu d’accepter tous les ordres du souverain.»  
Une manière de dire lorsqu’on vous êtes aux responsabilités quel que soit votre degrés des responsabilités, il faut assumer vos responsabilités et ne pas se cacher derrière les ordres des supérieurs.

A Djibouti, à entendre certains, personne n’est responsable de quoique çà soit. C’est toujours la faute à l’autre, celui qui n’est pas de notre famille (ethnie, tribale ou clanique). On se tortille à trouver des circonstances atténuantes aux « nôtres » pour les disculper. Encore mieux, on essaie de les défendre en traitant ceux qui les critiquent des « tribalistes » en essayant de mettre en doute leurs critiques auprès de l’opinion publique ! Certains essaient même de privatiser les critiques : « tu peux critiquer ta famille (ethnique, tribale ou clanique), mais pas la nôtre ». Ainsi ma modeste question  sur: « un dictateur AFAR, serait-il mieux qu’un dictateur ISSA? » a provoqué un tel remous que j’ai décidé d’approfondir la question et d’apporter quelques faits historiques.

J’ai vu pulluler ces derniers temps sur les réseaux sociaux des appels pour une alternance ethnique (car ce mot ethnique a tout son importance  chez certains extrémistes qu’il faut le mentionner ainsi), en lieu et place une alternance démocratique.  Sinon pour la petite histoire, d’après des anthropologues de renommés mondiales, il existe un seul groupe ethnique dans la corne d’Afrique le kouchite. En outre, au sein de la communauté d’anthropologues, la notion d’ethnie ne fait pas l’unanimité. Donc, l’afar est une langue, comme le somali et non des ethnies !

Pour revenir à ces appels qui sont au mieux l’œuvre des inconscients et au pire une manœuvre dangereuse des prophètes de retour en arrière. Ses impacts seront mortels pour la société djiboutienne. Certains souhaitent instaurer un endoctrinement  idéologique néfaste qui aura pour Object  de créer de différents niveaux de citoyens. Il faut savoir que même si la plupart de la jeunesse djiboutienne est convaincue qu’il faut aller vers la démocratie sans référence ethnique ou tribale, une franche non-négligeable pourrait être séduite par ces genres d’appels ou discours haineux car elle a vécu 38 ans d’une dictature dirigée par des issas. Et, elle associe presque la dictature aux issas ou somalie car elle n’a jamais vu un afar aux affaires ! 

Pour démystifier ce genre d’endoctrinement, faisons appel à l’histoire d’aujourd’hui sous le régime (Gouled/Guelleh) ou celui d’hier sous l’ère colonial  avec le régime d’Ali Aref Bourhan (PCG : pacha Charlie Gaulle).

Si les méfaits du régime (Gouled/Guelleh) sont visibles à l’œil nul, celui d’Ali Areh Bourhan semble échapper à la mémoire de la jeunesse djiboutienne dans leur ensemble. Faut-il pourtant oublier l’histoire afin d’appréhender sereinement l’avenir ?
 Pour l’intérêt de la question que j’avais posé et le débat que çà a suscité, je voudrai verser quelques éléments dans le débat pour que chacun comprenne de quoi en parle. Si certains souhaitent réécrire l’histoire au point d’idéaliser presque une dictature afar qui ne serait à mon avis, tout point identique à l’actuelle dictature « issa » sinon pire. Voici ce que disait jacques Foccart, (amis et mentor des dictateurs africains, et justement ami personnel d’Ali Aref Bourhan) ,   dans  Jacques Foccart : une vision africaine  sur un échange qu’il a eu avec le sénateur Kamil (il s’agit de Mohamed Kamil) : le sénateur Kamil m’a dit textuellement : « A tout prendre. Monsieur Foccart, je préfère être pendu par les somaliens que de vivre sous la tyrannie d’Aref et de Tirant (le préfet de Djibouti) ».  Dans le même récit, foccart poursuit et dit sur Mr Aref, il est perçu comme un « petit tyran » à Djibouti.  Ali Aref a régné pendant 10 ans à djibouti.

Pendant ces dix ans, il y a eu des tueries et des massacres sur la population djiboutienne, comme les 38 ans « d’indépendances » sous l’ère Gouled/Guelleh.

Donc, en matière de dictature l’afar aref n’a rien à envier aux issas gouled ou Guelleh et vice-versa ! Cela est une réalité !

Je pense que c’est le devoir des intellectuels du pays en dehors des cercles extrémistes, est d’éclairer les zones d’ombres de notre histoire, pour éviter d’induire en erreur nos jeunes !

Si l’appartenance d’une ethnique ou une tribu pouvait donner bonté, sagesse et responsabilité, ce pays a été dirigé par des afars, des issas  et d’autres!
Alors, avons-nous vu des différences en fonction de leur appartenance ?
Nous avons eu plutôt une similitude en matière de tyrannie !  

Et, jusqu’à présent, nous avons connu des massacres et des horreurs sous étiquette ethnique, tribale ou clanique!

Evidemment, les extrémistes font minimiser les horreurs de leur tyran et accentuer les faits de l’autre côté.  Classique chez le faible mental qu'est l' « immature » tribaliste chez nous.

Par contre, les extrémistes sont d’accord sur le fait qu’il faut éviter la démocratie à Djibouti. Leur crainte est qu’elle libère le citoyen djiboutien à prendre son destin en main en tant qu’individu  et non plus comme un nécessiteux qui a besoin de protection soit d’un camp ou d’un autre !

Les uns vont vous expliquer  qu’on n’est pas assez « mûr » pour intégrer la démocratie dans notre mode de vie sous-entendu, qu’on doit garder la dictature actuelle car  d’après eux çà garantit la cohésion sociale !  Il faut être aveugle pour les croire, mais il y a des adeptes !  

Et, les autres qui sont des alliés « objectifs » de la dictature actuelle, prônent une alternance ethnique ou tribale en lieu et place d’une alternance démocratique. Ils justifient même leur approche en indiquant que la démocratie « un homme, une voix » est faite pour le monde occidental, comme si chez nous, il faut compter les cailloux ou les arbres ! A quoi que nous pourrions peut être faire voter nos dromadaires aussi Messieurs !
Il faut comprendre que ces deux camps ont tout simplement peur de la démocratie car elle rendra certainement le pouvoir au peuple et c'est cela que les ces groupes ne peuvent concevoir : les uns veulent le garder et les autres veulent le prendre (ou le reprendre plus exactement) !

En outre, il faut savoir qu’à Djibouti, pouvoir  veut dire nourriture dans l’esprit de certains d’où la bataille de ces deux groupes contre la démocratie !

Alors, pour faire échec à ces deux groupes : comment peut-on créer une nation post-ethnique, tribale et clanique sans valider les méfaits du régime actuel, ni retourner à celui de l’ère coloniale ?

 Pour répondre à cette question, essayons de voir comment d’autres nations  ont abordés ces questions ethniques ou tribales et la démocratie.

Deux exemples me viennent à l’esprit : le Ghana et le Rwanda.

Le Ghana l’exemple type que la démocratie est compatible  à l’Afrique et qu’avec la démocratie, il y a le développement. Pourtant, le Ghana est peuplé des différents ethniques et tribaux.
Alors c’est quoi la singularité du  Ghana ?
-        Une alternance régulière soit au niveau de l’exécutif, soit au niveau du parlement (on parle ici d’opposition et gouvernement : non ethnique ou tribale comme certains préconisent chez nous à Djibouti) ;

-        Un débat politique caractérisé par un débat d’idées et non vicié par le régionalisme, l’ethnocentrisme, la religion, le népotisme entre autres ;
-        La neutralité de l’armée ;
-        Le renouvellement de la classe dirigeante, des élites ;
-        L’absence des violences post-électorales ;
-        Un système éducatif performant avec des lycées qui, pour certains, datent de 1850 ;
-        L’égalité de traitement des candidats dans les médias ;
-        La courtoisie dans les débats contradictoires.

La question qu’on a le droit de se poser est : comment le Ghana est arrivé à une telle sérénité au niveau de sa démocratie ?
Même si je n’aime pas le terme, Ghana a eu la chance d’avoir un homme providentiel Mr Jerry Rawlings.  Mr Rawlings a construit des institutions viables, former une nation avec la suppression toutes références ethniques ou tribales dans l’état civil pour éviter toutes discriminations, à presque supprimer la corruption au sein de l’administration et à former une élite performante.

Pour le Rwanda, pays meurtrie par le problème ethnique ou tribal :
Depuis, l’arrivée au pouvoir du FPR de paul Kagame, le pays semble suivre l’exemple de Ghana. Les tutsis n’ont pas cherché « à rééquilibrer » par rapport aux hutus, leur 800000 morts massacrés, ni gonflés leur rangs pour rééquilibrer la démographique  par rapport  aux hutus, ni créer des rwandais de second zone au sein de hutus! Non, ils ont  décidé de supprimer eux-aussi toutes références tribales, ethniques dans leur état civil pour constituer une seule nation  et un seul peuple!

Alors, faut-il suivre les appels des « prophètes de retour en arrière », ou forger une nation unie et démocratique comme le Ghana ou le Rwanda (pas encore complètement démocratique, mais en chemin) en supprimant à notre tour toutes références ethniques, tribales et clanique dans notre état civil et dans toute l'administration.
Avons-nous le courage de léguer à un avenir à nos générations futures !
Un avenir de vivre ensemble, de démocratie et de liberté !


Mahamoud djama,


mardi 12 août 2014

Tchad: Hollande à Ndjamena : Cynisme impérial




Le cynisme affiché pendant la récente visite du président français à son homologue  tchadien assoit et justifie l'iniquité et la tyrannie que ce dernier exerce sur son peuple. Des impératifs de sécurité justifient parait-il la démarche de la diplomatie française, d’inspiration socialiste qui hier jurait avant de prendre le palais de l’Élysée que le temps du commerce avec les tyrans était dépassé.

L’objectif et la conséquence de la visite du Président Hollande

La sécurité de la région et Tchad aurait justifié ce déplacement. Qui sont donc les bénéficiaires de cette sécurité  pour laquelle on installe des arsenaux et des régiments ? Il est à douter que le peuple tchadien en fasse partie. D’ailleurs en matière de sécurité des populations, le président et ses proches ne se sont ils pas fait remarqués récemment pour la terreur d'État qu'ils ont provoqué tout d’abord dans leur appui à leur ancien allié Bozizé il ya une décennie, puis ensuite au soutien à peine voilé à ceux qui l’ont renversé sous le nom de « Séléka » ? N’est ce pas ce jeu trouble de Ndjamena qui a également conduit à la vendetta des populations d’origine tchadienne en Centrafrique ?  

Cette visite qui fait partie d'un processus de rapprochement politique inédit
entre le régime actuel au Tchad et le gouvernement français, le renforcement des moyens et des champs de coopération entre la France et le Tchad renforcera nécessairement la terreur organisée  à l’intérieur du territoire Tchadien par ce régime, contre la société civile, les journalistes et l'opposition politique.

Quel décalage avec l'histoire en marche ! Cette démarche politique est incohérente et anachronique. Voilà qu'en ce début de XXIème siècle, alors que les jeunesses africaines, comme celles du Tchad dont 70% de la population a moins de 25 ans, regardent vers un avenir où les mots de liberté politique, de liberté économique couvriront une réalité tangible, voilà qu'on propose un ersatz d'opération Condor à un dictateur africain de plus au nom d'une sacro sainte real politique, mauvais cache sexe d'un besoin de sécurisation de points d'accès aux matières premières.

« La France a les mêmes principes partout »

"La France a les mêmes principes partout, fondés sur la démocratie et le pluralisme" aurait déclaré le président Hollande en réponse à la question
devenue presque rituelle pour les journalistes internationaux lorsque le président d'une démocratie visite un homologue dictateur.
Le président Hollande nous apprend donc que l'Etat Tchadien est une abstraction, son territoire et son peuple surtout, puisque le "partout" en question l'exclue.
Le catalogue récent des œuvres  du régime tchadien en témoigne, il contredit les mots même d’humanisme et de liberté. Les allégations de meurtres d’opposants politiques, d’arrestations de journalistes de l’opposition ainsi que les accusations de corruption d’État sont pléthoriques.

La société civile et l’opposition doivent s’organiser

La société civile et l’opposition politique au Tchad s’étonnent de ne pas avoir fait l’objet, ne serait-ce qu’à titre symbolique, de l’attention des autorités françaises lors de cette visite. L’installation d'une base de commandement militaire en plein cœur de la capitale du pays est un acte politique solennel et grave. Le défaut total d’échange ou de consultation, même pour simple avis, de membres de l’opposition et de la société civile souligne ainsi le mépris sans nom dont  ils font l’objet, lorsqu’il s’agit du pays dit  « des droits de l’Homme ». On devrait rajouter ici « l’Homme  non tchadien » pour être plus juste.  Renforcer les capacités militaires du régime tchadien c’est renforcer sa tyrannie.
Cette attitude  peut conduire à ne laisser au peuple qu’un seul choix pour atteindre la liberté,  celui qui est aussi une impasse,  qui passe par les armes.  Il faut remarquer aussi que la France, souvent si prompte à soutenir les peuples opprimés qui prennent les armes en défense, comme en Syrie en ce moment ou hier en Lybie, considère en général toute opposition armée de son « pré-carré » négro africain comme illégitime.  Parce que les nègres n’ont pas le droit de défendre leur liberté par les armes ?

Le grave aussi serait pour cette opposition et cette société civile de ne vouloir compter, sur la scène internationale, que sur l’ancien pays colonisateur pour amorcer ce fameux dialogue avec la société civile et les représentants de l’opposition. Finalement, au regard du mépris dont ils font l’objet, pourquoi vouloir toujours s’obstiner à n’avoir qu’un seul partenaire, qui passe trop souvent de « privilégié »  à unique ? 

Il faut souligner aussi l’apparente impuissance de cette société civile et des forces d’opposition politique formelle ou non formelles à s’organiser en vue d’avoir des résultats efficaces quant à leurs buts et objectifs.  Il  n’est pas facile de s’organiser face au Tyran.  Celui-ci a des moyens illimités pour corrompre, acheter, flatter ou supprimer ceux qui ne partagent pas ses avis, organiser les contre pouvoirs qui le limiteront n’a jamais été une tâche facile.

Cette société civile au Tchad ou ailleurs en Afrique s’ouvre de plus en plus au monde.  Presque au même moment où le Président Hollande se rendait au Tchad pour visiter le Maître de Ndjamena,  le Président Américain
recevait 500 jeunes représentants de cette même société civile africaine, objet du mépris de la diplomatie française. 
Le secrétaire d’État américain déclarait en ouverture de cette conférence, en faisant référence au partenariat entre les pays d’Afrique sub-saharienne et les Etats-Unis :

« Et il est temps de passer a la nouvelle étape de ce partenariat en investissant dans la meilleure de toutes les ressources naturelles : ses habitants »


Il est temps que l’opposition et la société civile Tchadienne s’organisent pour mieux atteindre leurs buts politiques et qu’elles s’ouvrent de plus en plus, comme elles ont commencé à le faire, au nouveau monde géopolitique qui s’annonce devant elles.

ABDELKERIM YACOUB KOUNDOUGOUMI
Activiste politique Tchadien
abdelkerimyacoub@yahoo.fr